Lucie RAYNAUD, Responsable Pôle Qualité, Sécurité et Environnement & Central, Domaine Skiable du Grand Tourmalet Barèges - La Mongie
Pouvez-vous présenter votre entreprise, le Grand Tourmalet, en quelques mots ?
Lucie RAYNAUD, Responsable Pôle Qualité, Sécurité et Environnement & Central, Domaine Skiable du Grand Tourmalet Barèges - La Mongie : Le Grand Tourmalet est un domaine skiable dédié à la pratique du ski alpin. Nos effectifs évoluent sensiblement au cours de l'année. Ainsi, nos équipes comptent en saison près de 200 salariés alors que, sur l'année, nos effectifs s'établissent à 110 équivalents temps plein environ.
Pour quelles raisons avez-vous décidé de mettre en place une politique de prévention du risque ?
Nos activités présentent de nombreux risques : déplacements à ski, de plain-pied, manutention, travaux en hauteur.
Notre accidentologie marquée et notre taux de cotisation CARSAT trop élevé nous ont conduit à mettre en place une politique de prévention. Celle-ci a pour objectifs une baisse de l'accidentologie et une amélioration des conditions de travail des salariés.
Quelle organisation avez-vous mis en place pour accompagner ce changement ?
Pour réduire l'accidentologie, la direction aurait pu faire le choix d'une démarche à court terme basée sur le répression et la simple obligation du port des EPI, sans engager une réflexion plus globale… La direction de l'entreprise a au contraire préféré une véritable politique de prévention en pariant sur le moyen et le long terme avec une analyse des conditions de travail et une démarche participative qui intègre les salariés.
En 2018, nous avons donc été accompagnés par un cabinet qui nous a proposé la démarche MASTER (Management de la Sécurité au Travail par l'Écoute et la Réponse).
Quelles actions concrètes ont ensuite été engagées ?
Plusieurs actions ont été entrteprises et notamment : la formation de l'ensemble de l'encadrement, l'écoute de l'ensemble des salariés, la mise à jour du document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) et du plan d'actions entreprise.
Pour conduire ces actions, un pôle QSE a été créé et doté de moyens. Il est composé d'une responsable, une animatrice et des formateurs.
Plusieurs missions lui ont été confiées : la formation, le suivi des habilitations, la gestion des EPI et leur contrôle, la vérification du matériel de levage, la gestion et le renouvellement des autres équipements (skis, trousses à pharmacie…).
Enfin, des objectifs de réduction des accidents du travail ainsi que des procédures de suivi ont été établis et partagés. Nous avons demandé à l'encadrement de déclarer tout accident du travail, d'en proposer une analyse en lien avec le salarié si possible. Nous avons associé nos instances représentatives du personnel à cette étape.
Aujourd'hui la remontée de situations dangereuses se fait de façon naturelle. Nous y avons travaillé avec la direction, l'encadrement, le collectif de travail et ses représentants et avec l'appui du service de prévention et de santé au travail (ASMT 65).
Quels sont les effets observés à ce jour ?
Aujourd'hui, alors que les salariés déclarent systématiquement tout accident du travail, ceux-ci ont baissé de 10 % sur les 5 dernières années, et le nombre d'accidents du travail avec arrêt de 24 % !
Nous tirons donc un bilan positif. Mais ce résultat est fragile.
En effet les réorganisations ou les changements au niveau des équipes d'encadrement ont un impact. Nous travaillons dans un milieu en constante évolution, qui rencontre sans cesse de nouvelles situations dangereuses (notamment en fonction de la qualité de neige - dure ou collante, neige de culture donc de qualité moindre…)
Dans l'ensemble, les perspectives sont néanmoins bonnes avec une culture de la prévention qui commence à germer, un discours qui a changé et une évaluation du danger qui s'est amélioré. Mais la situation nécessite une vigilance constante.
En quelques mots, quel message souhaiteriez-vous faire passer à celles et ceux qui hésitent à s'engager ?
Dans une entreprise telle que la nôtre, mettre en place un politique de prévention des risques n'est pas simple. Notre environnement comme notre organisation évoluent continuellement : des effectifs qui varient, une multiplicité de statuts du personnel avec des saisonniers, bi-saisonniers, permanents, des activités variées en fonction des saisons… Et pourtant, nous y sommes parvenus, avec des résultats plus qu'encourageants !
Chez Grand Tourmalet comme ailleurs, il me semble que la politique de prévention des risques tient avant tout à l'investissement de la direction et de l'encadrement. L'employeur doit mettre en place les moyens humains et matériels pour réussir et ne pas lâcher.
Et ces investissements payent : l'entreprise gagne en attractivité, déplore moins d'accidents du travail et, ce qui est particulièrement gratifiant, on reçoit les retours positifs des salariés.